Les fantaisies du temps      

 

A-M Boisson 

 

 

 

Le temps …est tellement incertain, incompréhensible! Mystérieux?! Pas celui du ciel, lui, il fait ce qu’il veut, et on n’y peut rien, non, l’autre, celui de la pendule, du sablier, celui des jours qui passent. Celui-là me semble bizarre, peu fiable et même incontrôlable! Surtout depuis que je suis censée en jouir, le remplir, ou en faire mon affaire : « la retraite, quelle chance, tout ce temps devant toi!!!! »Ah!?Bon ? Mais qui décide, qui commande!

 

Eh non ! Ce n’est pas moi, puisque lorsque je pense en avoir besoin, il me faut toute une organisation, qui en prend( !) et me laisse peu de marge de manœuvre pour l’utiliser ! Pourrais-je l’amadouer, alors qu’il m’est nécessaire, toujours, pour y penser à bon escient?

 

Le lieu va dépendre de lui, comme toute activité qui en utilisera! Comment et que programmer, qui ne puisse être mesuré à l’avance avec exactitude! Et si le temps, celui du dessus de nos têtes, s’en mêlait tout à coup pour déjouer nos intentions de plein air, par exemple? Histoire de montrer qui est le maître?!

 

«  Le temps est compté, vous savez » Bien ! Et on compte comment, en minutes, en décennies? Donc il faut prévoir l’imprévisible!!! Paradoxe déroutant. Car prévoir a minima, comme on dit, ce n’est pas vraiment prévoir! « Et pendant ce temps-là…. la Méditerranée … »

 

 Pourrait-il se dédoubler ? Une possibilité? Une « folie ?»

 

Mais il coule, se déroule, va ici, puis semble s’arrêter avant aller là-bas. Il court, change de direction. Et ne revient pas! Pas vu, pas pris !

 

Car il est en marche, (hum !) avance, et de toute façon échappe, même si pour le retenir je m’accroche à mon désir, m’efforce d’intensifier mon plaisir. Celui-là même que je veux garder, faire durer à ma guise, quand il me comble. Mais pris lui aussi dans celui qui file, et sans que je ne m’en aperçoive vraiment pour pouvoir le freiner « à temps» ! Captif à son tour de cette inéluctable glissade. Et même s’il essaie de se cramponner à la pente, il finira par céder, et arrivera au bout. Désespéré, peut-être?

 

Mais alors cette jouissance, et/ou le bonheur quotidien, pourraient me donner l’idée d’imaginer être capable de le retenir, tout de même ! Eh ! bien non, ce n’est qu’illusion, vœu pieux. C’est ça : il nous nargue, il ne fait que passer: « circulez, il n’y a rien à voir », et ne fait que ce qu’il veut, comme l’autre, celui du ciel! Celui-là même qui va changer d’avis trois fois dans la même journée, afin de montrer toutes ses variations ou possibles caprices : Un peu de vent? Une ondée ? Soleil brulant? Ah! Ah!!

 

 

 

Et ce temps-là, celui qui nous nargue, se confond avec celui qui s’étire, ou qui semble stagner quand nous ne l’aimons pas, justement puisqu’il va nous imposer sa lenteur! Les mêmes! Et nous n’y pouvons rien! Oh! Il sait se déguiser, bien sûr, et donc nous paraitre  diffèrent selon les moments. Quant aux montres, à puces, programmées pour durer, elles ne disent rien de cette relativité! Voilà : la relativité. C’est Brassens qui chantait : » le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con…on est con ! .Petit con d’la dernière averse ou con des neiges d’antan… ». 

 

Et ensuite lorsque j’entends : «  c’est bien de faire cette promenade, cela fait passer le temps », cela me révolte, je m’énerve, je crie : je ne souhaite pas qu’il passe, moi, ou alors exactement comme je le désire! Ou qu’il recommence s’il va trop vite! Je veux bien encore, deux ou trois vies, refaire des enfants, rencontrer des inconnus, voir d’autres films, d’autres villes, me remplir d’autres musiques. Je ne me lasse pas. Je ne suis pas rassasiée…

 

Va-t-il quand même finir par me faire peur ? Qu’il s’écoule tranquillement ou qu’il galope ou même lorsqu’il s’allonge, lascivement, puisqu’il peut faire tout cela sans vraiment me demander mon avis!

 

Mais il parait aussi qu’on peut le perdre… comment ? Moi, je ne l’ai jamais perdu, il a toujours été là, me contrariant, souvent, par sa lenteur ou sa rapidité inopportune mais aussi bien sûr m’enthousiasmant à la pensée de l’avoir là …pour moi…à disposition. Oui parfois c’est comme ça ! On jubile, on anticipe, je l’aurai pour moi et rien que pour moi… Seulement alors on peut imaginer le perdre, si l’on vous persuade que vous l’avez  gaspillé, perdu à…essayer de…ce n’était pas la peine, tout ce temps pour…à… ??? alors qu’il aurait été sans doute mieux utilisé … etc…etc…Perdu? Mais non ! Il était là, tout le temps, le temps !!!

 

Il faut savoir qu’il peut aussi nous surprendre, être juste là, offert, pour rien, pour qu’on l’aime …si….si …cela m’est arrivé !

 

Mais celui qui nous presse, qui est-il, comment peut-il décider des laps qu’il nous donne. Joli vocable que ce laps! Arriverons- nous « dans les temps? »

 

Bien sûr qu’il faut remercier celui qui parvient à nous consoler, à nous apaiser, il est là pour ça : « Vous verrez, c’est une question de temps! » seulement pour bien le comprendre, il faut avoir vécu quelque chose de douloureux et qui nous avait paru insurmontable sur le moment, avant que n’arrive celui du murissement ou de la guérison!

 

Une dernière question : quand on dit : il s’enfuit, est-ce que cela veut dire qu’il a peur, lui aussi?

 

Donc, puis-je vivre, le passer, en jouir, sans le subir? Ce temps-là, le mien, le nôtre… sans qu’il nous «presse », sans le « perdre » sans qu’il soit « compté » ou sans le voir «s’enfuir » ?

 

Et lorsqu’il sera tout «passé» que serai-je en droit de faire?

 

Ne pourrais-je rien entreprendre? Compter à rebours? Aucun moyen de l’arrêter, de le renvoyer ?….

 

De retourner le sablier? Puisqu’il est …encore …là ? Un petit peu ?…

 

 

 

« Dans un mois, dans un an… »

 

 

 

 

 

J’espère que le vôtre ne s’est pas trop égaré ainsi, à m’écouter ….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XXX èmes Journées Vidéo-Psy

Les 20-21-22 Mars 2018

Organisées par le C.R.A.P.S

(Dr R.BRES), le groupe Vidéo-psy et le CHU de  Montpellier, au grand amphi de l'Institut de Formation aux Métiers de la Santé du CHU de Montpellier.

Les journées sont gratuites et ouvertes aux personnels de santé et aux partenaires sociaux sans inscriptions préalables.

Le CRAPS propose

 

Angelo BISON

dans

L'AVENIR DURE LONGTEMPS

 

d'après le texte de Louis ALTHUSSER

au Théâtre PIERRE TABARD

LE 28 mars 2018 à 20 heures

 

Entrée sur Inscription

Les inscriptions seront enregistrées lors des journées vidéo-psy 2018, moyennant 5 euros de souscription

 

 

Représentation suivie d'un débat animé par le

docteur

Françoise CAUSSE

CHU Montpellier